VIE DE CAMPUS

09 avr
09/avr/2020

VIE DE CAMPUS

Une journée avec Bernard Andrieux, chef de service à la Direction du patrimoine de l’INSA Lyon

Bernard Andrieux est sur le terrain malgré le confinement. Avec son équipe de techniciens, il assure une assistance minimum aux confinés et poursuit son travail habituel, entre maintenance, surveillance, factures et appels d’offres. Récit.

Lundi, 8h. Après deux jours de repos bien mérités, Bernard Andrieux reprend du service. Il n’a pas de trajet à effectuer pour se rendre sur son lieu de travail. Son espace, c’est le campus de l’INSA Lyon, un campus qu’il connaît bien désormais. Recruté en 2014 par la Direction du patrimoine et du développement durable, il est chef du service de maintenance immobilière et d’exploitation technique. Il fait partie des gens qui, à l’annonce du confinement, n’ont pas cessé leurs activités quotidiennes, bien au contraire. Logé sur site, il effectue des journées de travail complètes, et a dû organiser son service et ses missions en fonction de la réalité du terrain. À confinement exceptionnel, mesures exceptionnelles : dans un campus en grande partie déserté, il a fallu commencer par assurer la mise en sécurité technique des bâtiments, mettre les installations en veille et réduire le chauffage. Et parce qu’un nombre assez conséquent d’étudiants n’ont pas eu d’autres choix que de rester confinés dans leurs résidences, il a également fallu assurer la continuité de service pour ces jeunes insaliens.
Même le week-end. Samedi matin, Gérard et Dan, les deux plombiers de son équipe, ont dû intervenir dans la résidence E : plus d’eau chaude. La coupure aura duré deux heures et sans l’intervention des deux hommes, les résidents auraient certainement encore plus mal vécu leur confinement.

En trois semaines d’isolement, Bernard a vu son rythme de travail se modifier. À peine arrivé au boulot, il fait le point avec ses collègues. Gérard Verrière et Dan Bucur, les plombiers, et Christophe Acary et Anthony Froget, les électriciens. Ils sont également logés sur place et sont d’astreinte depuis l’annonce du confinement. Rien d’anormal depuis l’intervention d’urgence de samedi matin, lui font-ils savoir. 
Mesures de protection obligent, les échanges se font à deux ou trois mètres de distance. Au cas où.
Bernard s’attèle ensuite à traiter les demandes qui lui sont parvenues par mail, une dizaine en ce début de semaine. La tâche, qui ne lui incombe pas en temps normal, va lui prendre une trentaine de minutes, avant de distribuer le travail à son équipe. Ampoules à changer, lavabo bouché, plaques électriques défectueuses… Tout sera réparé dans la journée. Demain, il faudra aussi donner un coup de main à la lingère pour distribuer les draps propres dans les résidences. « C’est plutôt calme en fait, un peu comme au mois d’août. La semaine dernière, on nous a signalé quatre fuites d’eau dans les résidences », raconte Bernard. Sur les dix régisseurs que compte l’INSA, cinq sont d’astreinte, joignables à tout moment et en capacité de signalement. Mais outre l’aide apportée aux habitants confinés des résidences, c’est la surveillance et la maintenance des équipements qui occupent une bonne partie de la journée de l’équipe. « Il y a une cinquantaine de bâtiments à contrôler chaque jour, la ronde technique dure une demi-journée, pendant laquelle mes agents circulent de partout, tendent l’oreille pour détecter des bruits suspects. C’est comme ça qu’ils ont récemment pu réparer une pompe de chauffage défectueuse », ajoute Bernard.

Ce matin, le chef de service doit aussi accueillir les entreprises qui ont repris le travail, et qui ont prévu d’intervenir sur le campus. Les gestes barrières sont, là aussi, de rigueur. Deux personnes sont venues pour s’occuper du système de sécurité incendie, et une autre pour la maintenance des portes automatiques. Quelque part sur le campus œuvrent également des agents d’une société d’installation et de maintenance de chauffage urbain, qui travaillent de manière autonome pour réparer plusieurs fuites sur le réseau. Toutes les personnes qui interviennent dans les résidences portent des masques et des gants et ont à leur disposition des lunettes, si nécessaire. 

Malgré le confinement, le travail administratif n’a pas cessé. Après avoir accueilli les entreprises, Bernard retrouve son clavier d’ordinateur et ré-ouvre ses dossiers. Entre les commandes et les factures à traiter, il est aussi sur la rédaction des appels d’offres, dont les procédures suivent leurs cours. Le contact avec le terrain s’est virtualisé mais n’a pas été suspendu, il faut continuer à élaborer le prévisionnel, d’autant plus que des travaux importants et urgents doivent avoir lieu cet été dans les restaurants de l’INSA. Régulièrement en contact téléphonique avec son directeur, Nicolas Gaillard, il prend des décisions, obtempère ou applique des changements. 
Après l’heure de pause du déjeuner, il doit participer à une réunion en visioconférence. C’est sans doute ce qui a le plus changé pour lui dans ses méthodes de travail. « Deux heures de visioconférence, c’est plutôt fatiguant en fait ! On ne vit pas du tout la même chose que si nous étions en présence, et il a vraiment fallu que je m’adapte à cette nouvelle manière de faire », précise Bernard. Si lui est sur le terrain, les trois-quarts de ses collègues, 27 au total au temps normal, sont en télétravail et utilisent les outils adéquats : visioconférence et mails. Le téléphone, lui, reste plutôt silencieux. « Le secrétariat et les appels d’urgence sont intégralement basculés sur ma ligne, et au final, j’en reçois très peu. Les gens se sont vraiment appropriés les outils numériques », constate Bernard avec neutralité. 

À 18h, il terminera sa journée de travail, et reprendra le chemin pour rentrer chez lui. Il croisera peut-être quelques personnes qui prennent l’air, un promeneur avec son chien, ou un sportif à l’œuvre. Il constatera qu’il y a très peu de bruit, à part celui de quelques tramways qui circulent encore, ou de moteurs de voitures, au loin. Les yeux dans le vague, il se dira que ce qu’il vit est étrange, sans savoir de quoi demain est fait. Mais fidèle au poste, il reprendra du service en attendant la suite, avec le calme et le sang-froid de celui qui sait où il doit être.