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Le labo BF2i décroche une première bourse postdoctorale Marie Curie pour l’INSA Lyon et accueille la chercheuse Amandine Aviles
Un projet européen MSCA Postdoctoral Fellowship vient d’être attribué à l’INSA Lyon. Grâce à ce financement d’excellence, la chercheuse Amandine Aviles rejoint le laboratoire Biologie Fonctionnelle, Insectes et Interactions (BF2i) [1], dirigé par Federica Calevro, pour étudier l’interaction entre le charançon des céréales et la bactérie qui joue un rôle important dans son développement, afin d’imaginer de nouvelles pistes de lutte contre ce ravageur.
« Le projet HipPiE [2] est né d’un travail collectif. Je ne pensais pas obtenir ce financement, mais j’ai voulu tenter ma chance. C’est vraiment la collaboration avec le laboratoire BF2i qui a rendu ce projet possible », assure Amandine Aviles, fraîchement arrivée à l’INSA Lyon depuis le 1er septembre 2025, pour mener deux années de recherche soutenues par la bourse Marie Skłodowska-Curie.
Les bourses postdoctorales Marie Skłodowska-Curie Actions (MSCA-PF) comptent parmi les dispositifs les plus prestigieux d’Horizon Europe (le programme-cadre européen qui finance la recherche et l’innovation pour la période 2021–2027).
Très convoitées, elles affichent un taux de réussite d’environ 15 % seulement, signe de leur exigence et de leur sélectivité. Conçues pour soutenir la mobilité internationale et l’autonomie scientifique des jeunes chercheurs, elles financent de 12 à 24 mois de recherche dans un laboratoire d’accueil européen.
Un score exceptionnel de 96,6 %
Le parcours d’Amandine Aviles illustre parfaitement l’esprit des bourses Marie Curie : curiosité scientifique, mobilité et capacité à combiner plusieurs approches. « Mon parcours, à cheval entre écologie, toxicologie et bioinformatique, me permet aujourd’hui d’aborder ce projet européen avec un regard large et des outils complémentaires », souligne la jeune chercheuse.
Le dossier, issu de la collaboration avec Anna Zaidman-Rémy, animatrice de la thématique d’accueil, est déposé en septembre 2023 avec l’aide de la Direction de la Recherche et de la Valorisation de l’INSA Lyon. En février 2024, l’annonce officielle tombe : elle fait partie des lauréats, avec un score exceptionnel de 96,6 %. À l’époque, Amandine Aviles venait tout juste de débuter un postdoctorat à Montpellier.
Depuis septembre, elle se forme aux techniques nécessaires au projet et s’insère dans le laboratoire qu’elle décrit comme « très accueillant », prêt à accompagner les deux années de recherche soutenues par cette bourse européenne d’excellence.
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Le projet HipPiE (pour « Hippo signalling Pathway in Endosymbiosis ») s’attaque à une relation biologique aussi discrète que déterminante : l’endosymbiose qui unit le charançon des céréales (Sitophilus oryzae) et une bactérie logée au cœur de ses propres cellules (Sodalis pierantonius).
Chez le charançon, ces bactéries vivent regroupées dans des cellules spécialisées, les bactériocytes, organisées en un organe : le bactériome. Tout au long du développement de l’insecte, le bactériome change d’organisation et la quantité de bactéries varie fortement : elle reste stable chez la larve, augmente massivement chez les jeunes adultes, puis chute une fois la cuticule formée. « On voit que l’insecte contrôle finement sa population bactérienne, mais on ignore encore comment », résume la chercheuse.
Quel rôle pour la voie Hippo ?
L’hypothèse centrale du projet repose sur une voie de signalisation cellulaire appelée Hippo, déjà bien étudiée chez la drosophile (petite mouche) ou les mammifères, car elle régule la croissance, la prolifération et la mort des cellules. Des travaux préliminaires suggèrent que cette voie serait plus active chez les charançons qui hébergent la bactérie que chez ceux qui en sont dépourvus.
Le projet vise donc à déterminer si la voie Hippo joue un rôle dans la régulation de la charge bactérienne, et comment elle influence le dialogue moléculaire entre l’insecte et son symbiote.
Pour y répondre, Amandine Aviles combine plusieurs approches : interférence par ARN pour désactiver temporairement certains gènes, observation des structures du bactériome et suivi des effets sur la survie et le développement de l’insecte.
Mieux comprendre ces mécanismes pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de gestion des stocks céréaliers. « Si l’on comprend comment le charançon contrôle ses bactéries pour devenir plus résistant, on pourra peut-être cibler cette relation clé plutôt que l’insecte lui-même », explique-t-elle.
Une approche prometteuse qui s’inscrit parfaitement dans les thématiques de recherche du laboratoire qui visent à permettre le développement de méthodes de lutte durables, spécifiques au contrôle des insectes ravageurs agronomiques qui causent chaque année des pertes considérables dans les réserves alimentaires.
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[1] BF2i - Biologie Fonctionnelle Insectes et Interactions (UMR0203). Unité Mixte de Recherche entre l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon (INSA Lyon) et le Département Santé des Plantes et Environnement (SPE) de l’Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement (INRAE).
[2] This project has received funding from the European Union’s Horizon Europe research and innovation programme under grant agreement No 101148337 ; Views and opinions expressed are however those of the author(s) only and do not necessarily reflect those of the European Union or European Research Executive Agency. Neither the European Union nor the granting authority can be held responsible for them.