ENTREPRISES

21 jan
21/jan/2020

ENTREPRISES

Lolo Paris : ingénieures INSA, elles réinventent la lingerie

Métier d’orfèvre, la corsetterie habille ce que les femmes ont de plus précieux. Si au 19e siècle, la lingerie remplissait un rôle émancipateur et accompagnait la jeune fille dans toutes les étapes de sa vie de femme, aujourd’hui, il n’en est plus rien du trousseau unique brodé d’initiales. La femme peut acheter ses dessous au supermarché et à bas prix. Avec un marché mondial de 99 milliards d’euros1, l’impact environnemental de l’industrie de la lingerie n’est pas anecdotique : production textile et pesticides, rejets de polluants dans l’air et l’eau, surproduction... Océane Brière et Mélissa Zitouni, deux ingénieures diplômées du département Génie Industriel de l'INSA Lyon se sont lancées le défi de proposer aux femmes des sous-vêtements respectueux de leurs corps et de la planète. Rencontre.

Se lancer
L’histoire de Lolo Paris débute en 2014, lorsque les deux ingénieures, alors étudiantes à l’INSA Lyon, se rencontrent. Des stages et expériences professionnelles en start-up digitales donnent ensuite le goût de l’entrepreneuriat aux deux jeunes femmes.
« Nous avons toutes les deux ressenti le besoin de mettre notre énergie au service de causes qui nous importaient personnellement. Pour moi, l’environnement. Pour Mélissa, la cause féminine », dit Océane. 

Viser large
Lorsqu’il s’agit de choisir ses vêtements et ses sous-vêtements, la femme se heurte à la problématique de la standardisation des tailles. En matière de lingerie, le système actuel propose seulement une vingtaine de tailles différentes. Lolo Paris en propose le triple.
« Au-delà de l’inconfort qu’une taille non-adaptée peut impliquer, la standardisation des tailles sous-entend une certaine forme de normalisation du corps féminin. C’est pourquoi nous proposons de la lingerie sur-mesure. Après avoir passé commande sur le site internet, la cliente reçoit un tutoriel vidéo qui lui permet de prendre ses mesures très simplement, à l’aide d’un mètre-ruban. L’algorithme que nous avons développé permet de déterminer la taille la plus adéquate parmi toutes celles proposées. Et si aucune de nos 57 tailles ne lui convient, nous la développons pour elle »
, explique Mélissa.  

Viser juste
Une production sur-mesure à la demande qui accompagne une démarche écologique.
« Le sur-mesure évite les déchets, véritable fléau dans l’industrie de la mode. Travailler en flux tiré nous permet de nous concentrer sur les matières premières que nous sélectionnons soigneusement. La dentelle que nous utilisons est fabriquée en Italie pour limiter les impacts du transport et est entièrement fabriquée à partir de fibres recyclées. Ne vous fiez pas au mot « recyclé », elle est très douce ! », poursuit Océane. 

Prendre le temps
Spécialistes des systèmes de production, les deux ingénieures ont dû inventer le leur. Pour cela, elles se sont entourées de professionnels corsetiers. « La lingerie est un domaine très technique. Pour fabriquer un soutien-gorge, il faut près de 20 étapes. Notre expertise en matière de production nous permet d’avoir une vision globale et choisir nos partenaires avec confiance. Nous ne voulons pas d’une explosion fulgurante et nous prendrons le temps de développer un à deux nouveaux modèles par an au maximum. Car le surchoix est aussi le problème de l’industrie de la mode aujourd’hui, auquel nous voudrions palier avec notre entreprise », concluent les cofondatrices de Lolo Paris. 

Pour amorcer la production, l’entreprise digitale a lancé une campagne de précommande via une plateforme de crowdfunding. Les 1000 premières préventes ont permis l’achat des matières premières et le lancement de la collection. 

 

1 Soit 110 milliards de dollars en 2014, par Euromonitor