INTERNATIONAL

26 mar
26/mar/2020

INTERNATIONAL

Confinement et mobilité internationale : elle se démène pour retrouver ses « petits »

Haridian Melgar Perez est sur le pont depuis l’annonce du confinement. Chargée des projets Amérique Latine à la direction des relations internationales, elle a redoublé d’engagement, tout comme ses collègues référents des autres zones géographiques, pour contacter chacun des étudiants français partis en échange, ainsi que les étudiants étrangers accueillis sur le campus ce semestre. Seuls, désemparés, ils n’ont souvent qu’elle pour les guider dans cette réalité obscure. Récit.

Dimanche 15 mars. La nouvelle tombe pour Haridian, elle ne retournera pas au travail le lendemain, et ce, pour une durée indéterminée. L’information, bien que précautionneuse, lui fait l’effet d’une douche froide, elle qui vendredi quittait son poste avec l’obligation de revenir après le week-end. Étonnée, elle ressent très vite du stress. En confinement ? Mais comment ? Pour combien de temps ? Beaucoup de questionnements se bousculent dans sa tête, tant d’ordre personnel que professionnel. Désormais dans l’impossibilité de pouvoir se rendre sur le campus, Haridian doit s’organiser rapidement. Chargée des projets Amérique Latine à la Direction des relations internationales de l’INSA Lyon, elle sait que sa tâche sera très ardue ces prochains jours, voire ces prochaines semaines. Elle va devoir faire face aux urgences et répondre aux innombrables questions des étudiants, des parents, des enseignants de départements de spécialité de l’INSA Lyon. Les étudiants en échange ou en double diplôme dont elle suit les dossiers sont actuellement au Mexique, en Colombie, au Brésil, en Argentine, au Chili ou en Uruguay. Elle suit également les parcours d’étudiants latino-américains en cours à l’INSA Lyon, en provenance de ces mêmes pays, et du Venezuela. Elle les appelle les IN et les OUT, dans le respect du jargon de son métier. Cinquante étudiants IN, dont 21 mexicains et 21 brésiliens sont recensés ce semestre sur le campus. Trente étudiants INSA sont en Amérique Latine à l’heure où elle se prépare à faire face à leurs inquiétudes. Une étape de plus à franchir au cours de cette saison 2019-2020, déjà marquée par un mouvement de grèves massives au Chili, obligeant beaucoup d’élèves-ingénieurs à rentrer en France. 

Face à cette crise sanitaire inédite, Haridian sait qu’il va falloir s’armer de patience et d’abnégation. Pour tous ces étudiants, elle est le lien, le fil rouge, et sera parfois l’ange gardien. Tout comme certains autres de ses collègues, membres du pôle mobilité du service scolarité, référents internationaux dans les départements, enseignants et secrétaires, et enseignants responsables de zones géographiques. Concentrée, elle se met en ordre de marche, et établi la liste des priorités. Pour les OUT, elle s’attèle à rentrer en contact avec chacun d’entre eux, ainsi qu’avec les ambassades françaises de tous les pays avec lesquels l’INSA collabore. Son but ? Identifier toutes les problématiques : souci de santé, souhait de rentrer, vols annulés, frontières fermées, confinement sur place, et décisions prises en temps réel par les ambassades pour les citoyens français bloqués sur place. Les premières difficultés de recensement se présentent. Elle décide de créer elle-même son propre outil afin de pouvoir élaborer un suivi évolutif de l’état de tous les étudiants qu’elle suit, de leur situation et de leurs décisions. Pour répondre au besoin d’être en étroite connexion avec ses étudiants, elle va également se servir des applications de messagerie instantanée communément utilisées. Grâce à cela, elle parvient à être plus réactive dans certaines situations, comme offrir son aide et son écoute à ces étudiants coincés des heures durant dans les aéroports, dans l’attente de leur vol de retour. Elle réussit, en parallèle, à maintenir le contact avec quelques parents, inquiets et pour le moins perdus.

Pour les IN, les problématiques s’avèrent différentes. Étaient-il encore dans les résidences INSA ? En bonne santé ? Et si oui, avaient-ils tous les outils nécessaires au suivi des cours en ligne que les départements étaient en train de mettre en place à leur effet ? Haridian les contacte un à un. Elle apprend que certains d’entre eux ont décidé de rentrer au pays, et dresse la liste des questions inhérentes à leur décision : comment fait-on pour partir ? Doit-on payer le mois d’avril ? Peut-on revenir et avoir une chambre une fois la situation calmée ? Haridian fait le lien avec la Direction des résidences et la directrice de la vie de campus, qui lui apporte une aide précieuse et des réponses rapides. Elle recense également toutes celles et ceux qui ont décidé de rester à l’INSA. Comme pour les autres, elle se charge d’identifier les situations d’urgence, de rassurer, et d’engager le suivi de l’état de chacune et chacun des étudiants. Elle s’assure de la santé physique et psychologique de ces élèves désormais confinés dans les résidences du campus. 

Les urgences se règlent, pas à pas. À l’INSA, l’ensemble des personnels impliqués à l’international s’est organisé très rapidement pour se coordonner et contacter tous les étudiants partis aux quatre coins du monde. Ils ont aussi contacté tous ceux qui ont choisi l’INSA pour leur échange académique. Une cartographie a pu être élaborée en un temps record, permettant à l’ensemble de l’équipe d’avoir un regard global sur la situation. La DRI a travaillé pour cela en collaboration avec différents personnels, des secrétaires de départements aux directeurs, de la direction générale des services à celle des restaurants, tout cela grâce à un formidable élan de solidarité.

Au fil des jours, Haridian maintient le lien avec tous ses étudiants. Elle reste en alerte, et les accompagne si nécessaire. Les situations évoluent, et les problématiques avec. Le temps est l’inconnu. Malgré cette instabilité de tous les instants, elle préfère rester optimiste. Consciente d’évoluer professionnellement dans un contexte exceptionnel, elle garde pour elle ses inquiétudes concernant les siens. Originaire d’Espagne, elle partage au fond d’elle-même les sentiments liés à toute forme d’expatriation. 

Progressivement, avec ses collègues, elle reprend la pile des projets à venir. Si les événements continuent d’être annulés, un par un, sur le sol français, la DRI garde le cap sur la prochaine année académique. En octobre 2020 doit normalement se tenir le Forum Arfitec (Argentine France Ingénieurs TEChnologie) organisé par l’INSA Lyon, et les Journées Internationales 2020 durant lesquelles seront fêté les vingt ans de la filière Internationale Amerinsa. 

En attendant, la vie continue, comme elle peut. Grâce aux réseaux sociaux, des initiatives émergent, comme l’organisation d’apéros virtuels faisant fi des frontières et du confinement. Pour tromper l’angoisse et surtout, suspendre le temps.