VIE DU CAMPUS

17 juil
17/juil/2017

VIE DU CAMPUS

Exploit : un INSA traverse la Manche à la nage !

Pierre Julian Pourantru, sportif de haut niveau de l’INSA Lyon et élève-ingénieur en 3e année au département Génie Mécanique, est le plus jeune français à avoir traversé la Manche à la nage. Il lui aura fallu 10 heures et 10 minutes pour parcourir 40,1 km, seulement muni d’un maillot de bain, d’un bonnet de bain et de lunettes. Entretien.

Comment vient un défi aussi fou que celui-là : traverser la Manche à la nage ?
Ce n’était pas un rêve de gosse. C’est venu au fur et à mesure au cours de l’année dernière. Je venais de passer de la natation en bassin à l’eau libre et j’avais besoin d’un challenge personnel. J’avais entendu parler de cette traversée célèbre et quand j’en ai parlé autour de moi, tout le monde m’a suivi… Excepté ma mère et mes sœurs qui n’étaient pas trop rassurées !

Pourquoi ce défi précisément ?
L’idée de rejoindre deux pays à la nage est d’abord très symbolique ! Et puis, il y avait l’aspect distance à nager, à réussir à se dépasser sur un effort très long. Sans oublier le froid et l’impression de devoir transformer son organisme pour réussir ce challenge. Tout cela m’a transcendé, et est rapidement devenu un projet collectif entre la communication, le financement, la recherche de sponsors, les relations presse, et la recherche scientifique. Beaucoup de paramètres se sont ajoutés auxquels je n’avais pas forcément pensé. C’était génial sur le plan personnel d’avoir à conduire ce projet dans sa globalité et de rester, en tant que nageur, au cœur de la préoccupation première.

Comment avez-vous vécu votre préparation ?
Il y a eu pas mal de moments de doute. Je n’avais pas d’expérience sur la préparation au froid et la fatigue qu’elle pouvait engendrer. Il y avait beaucoup d’incertitudes mais on a gardé une ligne de conduite tout le long avec mon coach, Mathieu Thivolle. Il m’a suivi quand j’ai fait le passage bassin-eau libre et il s’est formé pour me préparer à cette traversée. La kiné et le préparateur physique ont tous les deux veillé à ce que mon organisme ne morfle pas trop et à ce que j’évite les blessures. Mes entrainements ont été intensifs et longs, je me suis entrainé à nager dans une eau à 7 puis à 5°C, j’ai aussi pris plus de 10 kg pour gérer le froid lors de la traversée… La gestion du projet s’est avérée lourde, elle aurait mérité un temps plein ou une assistance mais j’ai pu compter sur l’investissement de beaucoup de gens dont Laure Poulet à qui je dois beaucoup.

Au regard de ma traversée, je sais que j’ai bien été préparé. Un mois plus tôt, j’avais participé au championnat de France des 25 km à Gravelines, et physiquement je n’étais pas au niveau que je m’étais fixé. Il restait un mois avant le jour J, il fallait que je récupère, que j’organise le départ de la course pour l’Angleterre, que je passe mes partiels et que je gère mon déménagement, rien que sur le mois de juin ! C’était assez hard à gérer mais tout s’est bien passé, et je passe en 4e année !

Nous sommes le 4 juillet, il est 8h du matin et vous vous lancez dans une eau à 16°C depuis Douvres. Vous êtes dans quel état d’esprit ?
Il faisait beau et je suis parti dans un super état d’esprit. Concentration maximale. Je suis resté focalisé sur l’instant du début à la fin. J’ai travaillé sur l’analyse de mes sensations, l’environnement, les données qu’on me donnait depuis le bateau. C’est passé à une vitesse incroyable. On avait comme règle de toujours rester positif. Je n’ai pas l’impression d’avoir souffert. Il y a eu beaucoup de travail sur la préparation mentale. En sortant de l’eau, je me rappelle avoir levé les bras en direction du bateau tout en ressentant une sensation de vide. Je regardais ma famille, mes amis et mon équipe avec qui je partageais cette aventure et qui m’ont apporté une aide précieuse… C’était fait. Je n’ai pas eu d’explosion de joie et pourtant j’ai rêvé de cette arrivée durant toute la traversée et les 12 mois qui ont été nécessaires pour la préparer. C’est en découvrant le lendemain la première image filmée que j’ai commencé à réaliser que c’était dingue.

Quels sont vos projets après tant d’intensité ?
J’ai encore beaucoup de choses à gérer comme aller voir mes sponsors, répondre à tous les messages et organiser un pot pour remercier tous ceux qui m’ont soutenu. C’est dans un futur très proche mais cela me permet de vivre encore le projet. J’espère ensuite profiter de ma famille avant mon départ en Argentine début août. Je vais faire un an d’échange là-bas avant de revenir faire un stage de 6 mois chez Boccard. Ça ne s’arrête jamais, je suis dans un état d’adrénaline permanent ! Quand je vois ce que j’ai pu vivre en parallèle de ma formation d’ingénieur, je ne regrette à aucun moment d’être rentré à l’INSA !