VIE DE CAMPUS

16 juil
16/juil/2018

VIE DE CAMPUS

Chronique d’un emblème annoncé

16 ans. 16 ans qu’il trône en plein cœur du campus, sous le vent, face à la neige, écrasé par le soleil… Imperturbable. 
16 ans de rendez-vous, d’histoires mouvementées, de sorties improvisées. De pactes nocturnes.  
Porte-étendard, il a connu les grands comme les petits événements. Caméléon, il se présente avec divers atouts, changeant de robe au rythme du calendrier universitaire. 
Jadis malmené, aujourd’hui objet de fierté, le rhino est devenu emblème. Et de manière toute naturelle.

C’est en 2003 que le rhino de l’INSA apparaît. Présenté par Jean-Marc Bonnard, plasticien, sculpteur et designer, au service culturel du Centre des Humanités, il séduit l’équipe qui en fait l’acquisition. Les 500 kg de fonte seront alors plantés à deux pas de l’entrée du bâtiment des Humanités, alors que Jean-Marc Bonnard, lui, intervient dans la section Arts-Plastiques-Études. 
Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du schéma directeur d’aménagement du campus de La Doua et de son intégration à la ville. En effet, l’INSA Lyon a décidé d'intégrer la valorisation artistique de site grâce à l’implantation d’œuvres d’art contemporain. 

Après de longues heures de travail acharné, de créativité et d’habileté, un superbe pachyderme prendra corps du côté de la Fonderie Vincent, à Brignais, terrain de jeu de Jean-Marc Bonnard, qui n’en est pas à son premier coup d’essai. 
Cela fait déjà plus de 10 ans que l’artiste s’intéresse à l’animal, avec d'abord la création d’un petit rhino en plomb pour le Festival de Jazz de Rive-de-Gier de 1992. En 2002, il en fabrique 20, en béton, pour la Biennale Internationale de Design de Saint-Etienne. Il est d’ailleurs scénographe et responsable de la logistique générale de cette Biennale, belle responsabilité pour celui qui, en tant que professeur, a développé un département Design de réputation internationale à l’école des Beaux-Arts de Saint-Etienne.

Depuis quelques années aussi, Jean-Marc intervient dans la section Arts-Plastiques de l’INSA Lyon. Il découvre le fonctionnement du campus, sa diversité et la richesse de ses publics, allant de l’élève-ingénieur à l’enseignant, en passant par le chercheur, le personnel administratif et le responsable de service culturel. De cette connaissance naîtra un projet : celui de fondre le moule d’un rhinocéros qui prendra toute sa place sur la coulée verte du campus. 

La statue se fond très vite dans le paysage. Devenue familière, elle est même malmenée quelques années plus tard, en 2011, et perd sa corne. Difficile de ne pas faire le parallèle avec les congénères du rhino, bien vivants eux, régulièrement victimes des braconniers, surtout pour leur corne à laquelle sont prêtées de nombreuses vertus.  

Parce qu’on compte cinq espèces de rhinocéros dans le monde, toutes menacées. Trois vivent en Asie, et deux en Afrique, enfin jusqu’à récemment. En effet, le 19 mars de cette année, c’est le dernier mâle de l’espèce des rhinocéros blancs du Nord qui disparaissait. Bien que protégés, ces mammifères disparaissent progressivement de la surface de la terre, si bien qu'au cours de ces 50 dernières années, leur nombre aurait diminué de 80%. 

Alors restituer au rhino la corne qu’on lui a enlevé porte toute une symbolique. Ce sera fait durant l’année anniversaire de l’INSA, pour ses 60 ans. Le 22 septembre 2017, lors de la journée internationale des rhinocéros, Jean-Marc Bonnard interviendra de nouveau sur le campus de l’INSA, pour redonner à son rhino sa force perdue. Sagesse ancienne est sa devise, stabilité, solidité et protection émanent de son apparence, avec une énergie associée au soleil. De sérieux atouts pour devenir un emblème, aujourd’hui adopté par la communauté INSA, qui veille, jour après jour, à la sauvegarde de son rhino.

Et à sa longévité. En lui offrant, l’année dernière, un petit camarade de scène sur une autre pelouse chère au campus, celle qui borde le secteur des premières années. Là aussi, c’est toute une symbolique qui a permis à ce spécimen métallique de voir le jour, grâce une fois encore au travail de la section Arts-Plastiques Études, sous la houlette d’un nouvel intervenant, Jérôme Moreau, et l’œil bienveillant de Jean-Marc Bonnard. En mouvement, pas tout à fait remplie, la structure fait référence aux jeunes élèves-ingénieurs qui intègre l’INSA, école d’excellence qui feront d’eux des hommes, citoyens et responsables, ingénieurs acteurs du monde qui les entoure. « Il est important de faire confiance à sa sagesse intérieure et de rechercher la vérité ». Voilà un dicton associé à la symbolique du rhinocéros qui trouve son écho auprès des futurs ingénieurs. Et qui a certainement raisonné dans l’esprit de Jean-Marc Bonnard, qui depuis, s’en est allé.

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