Formación

11 Oct
11/Oct/2019

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Isabelle Collet : la voix et la plume des oubliées du numérique

Informaticienne, professeure, chercheuse et écrivaine, Isabelle Collet a beaucoup de cordes à son arc. Dans son dernier ouvrage « Les oubliées du numérique » (éd. Le Passeur), elle aborde l’informatique pour la deuxième fois dans un de ses livres et surtout la place des femmes dans cette discipline. Entretien avec une femme très engagée dans la question du genre et de la mixité, également Vice-présidente du Conseil d'Administration de l'INSA.

Comment la question du genre est-elle devenue centrale dans votre vie ?
« Elle est devenue primordiale quand je n’ai pas trouvé de travail. J’avais une licence d’informatique en Traitement du Signal en poche et je pensais être au maximum de mes capacités. J’avais envisagé de poursuivre en Master mais il y avait peu de femmes et comme je n’ai pas forcément été poussée, je me suis dit que je n’avais pas les épaules. J’étais 4e de ma promotion.
J’arrive donc sur le marché du travail au début des années 90, mariée sans enfant, et j’enchaine les contrats temporaires. Je deviens maman ensuite et je suis mon mari qui trouve du travail sur Paris. Je prends des cours à l’Université Paris Nanterre et l’un d’entre eux porte sur les rapports sociaux de sexe dans l’éducation. Petit à petit, je comprends. J’avais vécu cette censure sociale que vivent les femmes et les filles, qui sont amenées soient à douter de leurs compétences, soient à penser qu’elles ont de meilleures compétences ailleurs. J’ai fait ma thèse là-dessus. »

Votre livre « Les oubliées du numérique » porte un sous-titre : « L’absence des femmes dans le monde digital n’est pas une fatalité ». On parle carrément d’absence ?
« Quand on est sur des pourcentages de 10/12 %, on parle d’absence oui. Dans le cœur technique du numérique, les femmes sont représentées à 15%, et dans les secteurs qui ont le vent en poupe comme le big data ou la cyber sécurité, on tombe à 11%. Dans le numérique, plus on est sur des secteurs de pointe, moins il y a de femmes. Et chaque fois qu’un champ de savoir prend de l’ampleur, les hommes s’y engouffrent. Les femmes sont sociabilisées à penser qu’elles vont se réaliser en famille. 
Mais aujourd’hui, je pense qu’on tend vers un équilibre. Nous avons de bonnes raisons de penser que cela bouge. Il y a quantité d’initiatives pour attirer les femmes dans le numérique, et certains indicateurs sont intéressants, comme le pourcentage des filles dans les trois plus gros masters en informatique de gestion, qui se situe entre 30 et 40% cette année. » 

Vous êtes Vice-présidente du Conseil d’Administration de l’INSA Lyon depuis un an. Quel regard vous portez sur la présence des filles à l’INSA ?
« Il y 43 % d’élèves-ingénieures en première année à l’INSA Lyon, c’est encourageant ! C’est une école qui s’intéresse depuis longtemps à la question de la mixité et qui peut en retirer les bénéfices. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai accepté de rejoindre le CA de cet établissement. Je savais que le discours de mixité sociale et de genre était réellement porté. Je le sais depuis longtemps parce ma sœur a fait l’INSA et j’avais moi-même postulé. L’INSA met les moyens sur ces questions et a même aujourd’hui un Institut Gaston Berger pour étudier cela. » 

Selon vous, où se trouvent les réponses pour favoriser la mixité ?
« Partout. Elles se trouvent à tous les niveaux. Il faut lutter contre les inégalités de représentation sexuée des disciplines dès la maternelle et jusqu’à l’enseignement supérieur. C’est dans l’éducation, les médias, la culture d’entreprise, partout ! »

Crédits photos ©Sabine Papilloud