02 Mar
02/Mar/2026

Projets

De Lyon à l’Inde : Paul Lefrand sur la route de l’agriculture durable

Fraîchement diplômé en génie mécanique à l’INSA Lyon, Paul Lefrand a choisi, à 23 ans, de traverser l’Europe et l’Asie par voie terrestre pour rencontrer des acteurs de l’agriculture durable. Un projet personnel, mais aussi le reflet d’un modèle INSA qui encourage les parcours singuliers, l’engagement et l’ouverture au monde.

Originaire d'un petit village près de Saumur, en Anjou, ce fils d'agriculteur a troqué, le temps d'une épopée, la rigueur scientifique pour un microphone et un sac à dos. Son projet : relier la France à l'Inde par voie terrestre pour documenter les initiatives durables en agriculture et en alimentation. « Depuis l’enfance, aller aider mon père dans les champs, j’ai toujours adoré ça. Être dehors, travailler avec mes mains, voir concrètement le résultat à la fin de la journée… ça m’a construit ».

Paul Lefrand a intégré l’INSA Lyon en 2019, en filière Musique-Études, avant de rejoindre le département génie mécanique. Un parcours de cinq ans exigeant qu’il enrichit d’un détour par l’École Centrale de Lyon pour un double diplôme et un master en acoustique. Son stage de fin d’études, au bureau d’études Venatech à Aix-en-Provence, le plonge dans la simulation numérique de la propagation du son dans des salles de concert. Optimiser l’acoustique, modéliser l’invisible, affiner la vibration : l’ingénierie dans ce qu’elle a de plus précis.

Une autre voie

Pourtant, à peine diplômé, le jeune homme n’entre ni en entreprise ni dans un laboratoire de recherche. À la sortie de l’école, il s’engage d’abord pendant sept mois en service civique auprès de l’Association tunisienne de permaculture, à Tunis. Une expérience de terrain qui confirme son intérêt pour les modèles agricoles alternatifs. Il choisit ensuite de suspendre la trajectoire attendue pour prolonger, hors des cadres, l’élan qui a structuré ses années d’études.

Un choix mûri, assumé, et profondément lié à l’environnement dans lequel il s’est formé : « Si je n’avais pas atterri dans une école comme l’INSA, jamais je n’aurais su qu’il était possible d’être ingénieur tout en ayant un parcours différent. L’engagement associatif, la filière Musique-Études, le sport… tout cela m’a ouvert l’esprit. Je ne me serais jamais lancé si j’avais fait une école où les gens venaient simplement pour un job de cadre classique. »

Paul dessine alors un projet aussi cohérent qu’engagé : relier la France à l’Inde par voie terrestre pour rencontrer celles et ceux qui œuvrent en faveur d’une agriculture durable et d’une alimentation saine. Associations, instituts, start-up, ONG, commerçants… « Je voulais prendre le temps. Le train et le bus, c’est cohérent quand on parle d’impact environnemental, mais c’est aussi une façon de rester au contact des territoires. »

Expérimentations locales, enseignements globaux

Son objectif : documenter ces initiatives et les partager sous la forme d’un podcast gratuit nommé éTERREnelles. « Je porte une attention toute particulière aux projets à impact positif, vraiment durables. L’idée n’est pas de faire rêver, mais de montrer des solutions concrètes, qui fonctionnent, parfois à petite échelle, mais avec une vraie cohérence. »

Deux initiatives l’ont particulièrement marqué. D’abord, à Bangalore, un entrepreneur nommé Raja a lancé un bar à jus zéro déchet : « Il sert les jus directement dans le fruit. Une fois que tu as fini de boire, tu peux manger le contenant. » Une manière simple et concrète de lutter contre les emballages plastiques à usage unique, très répandus en Inde. 

Ensuite, il a travaillé dans une ferme familiale pratiquant l’« agriculture naturelle », un modèle fondé sur le principe que « la nature sait toute seule ce dont elle a besoin ». Là-bas, pas de désherbage systématique ni de traitements chimiques : « Petit à petit, un équilibre de biodiversité s’installe, le sol s’enrichit et les rendements finissent par dépasser ceux de l’agriculture conventionnelle. » Deux exemples, très différents, mais qui ont en commun de proposer des alternatives sobres et cohérentes face aux dérives du système dominant.

Préparer la suite

Une dizaine d’épisodes du podcast sont déjà en ligne, retraçant ces rencontres et explorations. Son itinéraire en Asie se poursuivra jusqu’au printemps, soutenu techniquement par l’initiative internationale « 4 pour 1000 », un programme mondial visant à montrer que l’agriculture et les sols peuvent jouer un rôle clé dans la sécurité alimentaire et la lutte contre le changement climatique grâce à des pratiques agricoles adaptées. Sur le plan financier, Paul est accompagné par Biocoop CABA, une coopérative du réseau Biocoop qui soutient le développement de l’agriculture biologique et solidaire. Cette combinaison de soutien technique et local lui permet d’identifier des porteurs de projets à impact positif tout en valorisant leurs pratiques sur le terrain.

Paul prévoit de rentrer en France cet été, toujours par voie terrestre. La suite reste ouverte. « Je me rends compte que j’ai besoin d’un travail qui ait du sens et qui me permette d’avoir une activité physique. » Il n’exclut pas de revenir à l’ingénierie, peut-être à temps partiel, pourquoi pas dans le domaine agricole ou dans une start-up à impact. « J’aimerais combiner les deux mondes. Utiliser mes compétences d’ingénieur, tout en restant proche du terrain. »